Écrit par Méliane St-Amand le 21 Avril 2026
Vous ne le savez peut‑être pas, mais j’ai étudié la biologie moléculaire pendant plusieurs années. Une partie de mon parcours portait notamment sur l’étude des plantes et sur la façon dont différents facteurs et conditions influencent leur croissance.
Comme vous le savez peut‑être, le développement d’une plante dépend presque entièrement de l’environnement dans lequel elle évolue. Certains éléments échappent à notre contrôle, comme la météo, tandis que l'on peu exercer un certain contrôle sur d'autres, par exemple la génétique des semences choisies ou l’utilisation de pesticides et d’autres méthodes de gestion des nuisibles.
Je fais souvent un parallèle entre cette réalité végétale et notre propre bien‑être humain. Si nous étions des plantes, qu’est‑ce qui serait hors de contrôle pour les “producteurs”, et sur quoi auraient‑ils une influence ? D’abord, ils n'auraient pas de contrôle sur tout ce qui touche à la génétique et aux conditions dans lesquelles nous évoluons, donc notre famille et notre contexte de départ.
Une fois adultes, il est vrai que plusieurs éléments ayant façonné notre parcours ne dépendaient pas de nous et continuent de nous influencer. Mais il existe aussi des aspects sur lesquels nous avons un réel pouvoir d’action. Deux dimensions ressortent particulièrement : notre état d’esprit et notre environnement.
Bien sûr, certaines personnes ont plus de facilité à exercer ce pouvoir que d’autres, notamment en raison de leur bagage personnel. Néanmoins, ici, je souhaite me concentrer spécifiquement sur la composante environnementale. Je préciserai toutefois que je m’attarderai aux aspects tangibles de l’environnement, et non aux éléments intangibles, comme un climat psychologiquement malsain.
Plusieurs facteurs ont été identifiés comme ayant un impact significatif sur le bien‑être psychologique, notamment la pollution lumineuse, la pollution sonore, la couleur et la qualité de l’éclairage, la présence de lumière naturelle, l’accès aux espaces verts, la disponibilité de pistes cyclables, ainsi que la proximité des services essentiels, pour n’en nommer que quelques‑uns.
Je désignerai ces facteurs comme des macro‑éléments, puisque, en tant qu’individus, nous avons peu ou pas de contrôle direct sur ceux‑ci. Ce sont surtout lors de la conception et de la construction des bâtiments que ces éléments devraient être pris en compte, notamment par les architectes, urbanistes et bâtisseurs.
Ce qui m’intéresse davantage, ce sont les micro‑éléments : les ajustements et choix que nous pouvons faire, à l'échelle de l'aménagement des espaces, pour influencer positivement — et souvent passivement — notre qualité de vie à l’intérieur de notre maison.
Je ne sais pas si vous avez déjà entendu parler de la théorie selon laquelle l’être humain a tendance à créer spontanément le chemin le plus court pour se déplacer d’un point A à un point B. On appelle ce phénomène le principe du chemin le plus court, ou plus précisément les « chemins de désir » (desire paths en anglais).
Ce concept repose sur le fait que l’humain cherche naturellement à minimiser l’effort, réduire le temps de déplacement et aller droit au but. Je trouve que ce principe peut aussi s’appliquer au design intérieur, d’une certaine façon.
Bien sûr, il y a la question du déplacement : la façon dont les pièces sont aménagées facilite-t-elle la circulation ou crée-t-elle plutôt des zones de tension ? Un espace qui propose un chemin de circulation logique est beaucoup plus harmonieux et évite l’accumulation de petits irritants au quotidien.
Mais il y a aussi la logique personnelle de chacun : où vont les choses, et comment elles sont utilisées. Par exemple, certaines personnes préfèrent une cuisine très épurée et parfaitement rangée, tandis que d’autres ont besoin de voir tous leurs outils en un coup d’œil. Ces dernières opteront alors pour des crémaillères, des barres murales ou des aimants à couteaux fixés au mur. Adapter votre intérieur à vos besoins et à ce qui est logique pour vous, plutôt que tenter de vous conformer à un carcan qui ne vous correspond pas, contribuera assurément à votre bonheur au quotidien.
Les éléments de la nature nous apaisent. La nature est notre habitat premier, notre habitat « naturel ». Intégrer dans nos intérieurs des éléments qui rappellent le fait d’être en nature nous procure donc un bien‑être réel.
C’est pourquoi les gens sont autant friands de solariums et de grandes baies vitrées pleine grandeur : cela crée l’impression que l’extérieur entre à l’intérieur, nous mettant en contact direct avec la nature, sa lumière et ses couleurs. On peut s'imaginer que ce type de grandes fenêtres en milieu urbain n’offre pas le même effet, puisque la nature y est absente.
En parlant de lumière, les teintes plus chaudes (3000 K et moins) sont beaucoup plus apaisantes, car elles se rapprochent de la couleur du soleil doré, contrairement aux lumières froides, qui peuvent sembler dures et sèches sur notre peau.
Lorsque l’on s’inspire d’une nature riche, comme celle de la canopée, la pièce qui en découle sera presque toujours douce et nous apportera cet effet de bien‑être propre à la nature. De nombreuses études ont été réalisées et concluent que l'exposition à nature améliore notre bonheur ; il est donc tout à fait logique que nos efforts pour la reproduire nous rapprochent, ne serait‑ce qu’un peu, de cet état d’esprit. C'est donc pour cela que les matériaux brute organique et les couleurs comme le beige, le vert et le bleu nous apporte autant de réconfort et de paix.
Ça sonne extrêmement quétaine, mais dans nos maisons comme dans la vie, le bien‑être naît du fait de s’adapter aux défis sans se braquer et de moduler le monde autour de soi plutôt que de tenter de se conformer à un cadre uniforme et standardisé.
S’inspirer de la nature — par ses textures, ses couleurs, sa lumière, mais aussi par sa façon d’équilibrer, de relier et de simplifier les éléments — permet de créer des espaces plus intuitifs, harmonieux et humains. En recréant ces principes naturels dans nos intérieurs, nous nous rapprochons d’un environnement qui nous soutient, nous apaise et nous ressemble véritablement.